Dynamisme économique : «La Pologne a cette ambition de puissance que la France a abandonnée»
Article publié sur le site www.lejdd.fr le 04 décembre 2025 : lien
ENTRETIEN. Avec sa croissance éclair, la Pologne pourrait, d’ici dix ans, voir son PIB par habitant dépasser celui de la France. Patrick Edery, dirigeant de la société Partenaire Europe et spécialiste du pays d’Europe centrale, décrypte cette dynamique inédite.
Le niveau de vie en Pologne va-t-il dépasser celui de la France ? Ce qui semblait inimaginable il y a une vingtaine d’années fait désormais partie des prévisions de l’OCDE : le PIB par habitant du pays d’Europe centrale pourrait dépasser celui de tous les pays du G7 – à l’exception des États-Unis, d’ici dix ans.
Avec un niveau économique aujourd’hui similaire à celui du Portugal (loin devant l’Hexagone), la Pologne jouit d’une croissance spectaculaire : son PIB a connu un boom de + 932 % en 35 ans, son salaire moyen a doublé en une dizaine d’années et plus de 270 groupes internationaux sont désormais implantés sur son territoire. Patrick Edery, dirigeant de la société Partenaire en Europe et spécialiste du pays d’Europe centrale, livre son analyse au JDD.
Le JDD. Comment expliquer la croissance économique de la Pologne ?
Patrick Edery. Différents facteurs permettent de comprendre ce boom. D’abord, un profond renouvellement politique et économique des élites polonaises, redynamisées depuis la fin du communisme, avec un regain d’inventivité et une volonté plus forte de croître. Depuis plus de quarante ans, l’industrie est par ailleurs une priorité de tous les gouvernements. Il faut aussi souligner que de nombreuses entreprises choisissent la Pologne pour produire en raison d’une réglementation bien moins contraignante : le pays est devenu en quelque sorte la « petite Chine » de l’Europe. Le pays dispose également d’un des meilleurs systèmes de formation professionnelle devant l’Allemagne et la Suisse. Enfin, les fonds européens constituent un puissant levier de croissance, même si la Pologne reverse davantage de dividendes aux pays de l’Union européenne qu’elle ne reçoit d’aides.
Selon les prévisions de l’OCDE, le PIB par habitant de la Pologne pourrait dépasser celui de la France d’ici dix ans. De quoi devenir une menace économique pour ses voisins ?
Le problème, ce n’est pas la Pologne, mais la France, notamment en raison de ses réglementations environnementales. Avec de telles contraintes, impossible de procéder à une réindustrialisation. En réalité, ce n’est donc pas tant la Pologne qui avance : ce sont surtout les pays européens qui reculent. Si demain la France et les autres pays du G7 se remettent à avoir une véritable politique industrielle et des réglementations pro-business et pro-industrie, la donne pourrait changer.
Malgré tout, la Pologne est confrontée à l’inflation, à une crise de logement ou encore à une hausse du coût de la vie. S’agit-il de freins à la croissance économique du pays ?
Non, ce sont plutôt de bons signes. L’inflation signifie que les salaires augmentent. C’est pourquoi, d’ailleurs, pratiquement aucun Polonais n’est intéressé par l’idée de travailler en France, car même s’ils pourraient gagner davantage, leur niveau de vie baisserait. Le problème des crises, ce n’est pas l’inflation, c’est la déflation. Si le coût du logement augmente, c’est notamment parce qu’avec l’immigration ukrainienne, il y a eu plus de 3 millions de personnes à loger d’un coup. Même si la situation continuait à se creuser, cela signifierait qu’il faut plus de constructions… et donc plus de bénéfices pour le secteur du BTP. Or, comme on le dit souvent :« Quand le bâtiment va, tout va ! »
La population polonaise est particulièrement attachée à la religion catholique. Pensez-vous que la dimension culturelle et religieuse joue un rôle significatif dans le développement économique du pays ?
C’est une population très catholique, ce qui la rend homogène : tout le monde partage les mêmes traditions, les gens s’entraident et sont contents de payer les impôts, parce que cela va aider les autres. Cela favorise un climat sain pour le développement économique. À cela s’ajoute aussi le fait que la Pologne est un pays sécurisé. C’est d’ailleurs l’un des États les moins criminogènes de l’Union européenne.
Dans un pays où l’insécurité est faible, les gens sont davantage incités à investir, à acheter une grande maison ou une belle voiture que dans un pays où il y a des risques de se faire voler, agresser ou enlever. En Pologne, la population n’a pas peur de montrer qu’ils ont beaucoup d’argent et personne ne reprochera à quelqu’un d’être ambitieux. C’est quelque chose de normal, voire un atout.
Plus largement, comment compareriez-vous la Pologne aujourd’hui à la France ?
La Pologne d’aujourd’hui, c’est la France des années 1960. Les Polonais sont dans la même ambition, dans le même état d’esprit, dans les mêmes traditions et la même culture que les Français de cette époque là. Aujourd’hui, il y a presque autant d’ouvriers dans ce pays d’Europe centrale qu’il y en avait dans les années 1960 dans l’Hexagone. Pour résumer, la Pologne a cette ambition de puissance que la France a complètement abandonnée.




