« Les Polonais arrivent »… pour racheter l’Allemagne: les Polonais sont si puissants qu’ils ont racheté un nombre record de grosses entreprises à Berlin et en Europe de l’Ouest

Article publié sur le site www.bfmtv.com le 14 février 2026 : lien

Autrefois pays ouvrier low-cost, la Pologne et son économie florissante se muent en pays investisseur. En 2025, 22 entreprises occidentales ont ainsi été absorbées par des sociétés polonaises, qui entendent bien accélérer la cadence.

« Die Polen kommen », traduit de l’Allemand par “Les Polonais arrivent”. Dans un article paru début février, le Berliner Zeitung mesure toute l’évolution de cette expression en 20 ans.

À l’époque, on parlait des ouvriers, souvent peu qualifiés, mal payés et toujours prêts à travailler. Désormais, l’Allemagne reçoit des Polonais investisseurs, qui ont racheté 9 de ses grosses entreprises en 2025, un record. Dans l’agroalimentaire, l’automobile ou la tech, Varsovie arrive en force pour s’emparer de grands groupes et s’installer sur le marché allemand.

« L’Allemagne représente un quart des échanges polonais, constate Patrick Edery, basé à Cracovie et président de Partenaire Europe, un cabinet spécialisé dans la fusion-acquisition. La Pologne y a une forte implantation potentielle mais sur un marché hyper-mature comme celui de l’Allemagne, le seul moyen de récupérer des parts de marché, c’est de racheter ».

Une politique entamée depuis une décennie

Les grands groupes polonais profitent ainsi de l’économie solide de leur pays, qui affiche 3,6% de croissance en 2025, pour prendre de court la faible croissance allemande (0,2%). Et plutôt que d’investir dans la R&D, coûteuse et incertaine, ils préfèrent s’immiscer de l’intérieur dans l’économie occidentale. Récupérant ainsi la clientèle locale, les process et la certification de qualité associée aux entreprises déjà bien implantées.

“Alors que la Pologne se rapproche du statut d’économie développée, nous commençons enfin à observer un renversement de la tendance de longue date : le passage d’un pays attirant les investissements directs étrangers à un pays investissant lui-même à l’étranger“, observe Dominik Kopinski, membre de l’Institut économique polonais de Varsovie.

Car les investissements ne s’arrêtent pas aux neuf opérés en Allemagne. Au total, 22 transactions ont dépassé le million de dollars en Europe occidentale en 2025, pour un total de plus d’un milliard de dollars. Deux records d’une politique d’expansion entamée il y a 10 ans, avec en moyenne 14 rachats annuels au-dessus des sept chiffres sur la période.

Le mythe de l’ouvrier polonais n’existe plus

Adamed Pharma, société polonaise, a par exemple racheté en 2025 les usines de Sanofi en Espagne, avec l’Amérique latine dans le viseur.

“Ils sont passés du stade de pays low-cost à un pays développé, décrypte Patrick Edery, de Partenaire Europe. En Pologne, les supermarchés, les assurances, les voitures, tout vient de l’étranger, ce qui a longtemps empêché l’émergence de grands groupes. Mais les sociétés créées dans les années 1990 se développent et grignotent petit bouts par petit bouts. Ce n’est qu’un début.”

C’est surtout le fruit d’une industrialisation massive, entamée dès la fin du communisme, il y a 30 ans. À son entrée dans l’UE en 2004, la Pologne était un pays sous-développé, avec un PIB/habitant quatre fois inférieur à celui de l’Allemagne. Depuis, elle a comblé la moitié de son retard et son économie a dépassé le cap des 1.000 milliards de dollars. Entre-temps, elle s’est spécialisée dans “tout ce qui nécessite de la customisation et que ne fait pas la Chine”, détaille Patrick Edery. Et a formé ses travailleurs, avec plus de la moitié des étudiants en secondaire envoyés en formation professionnelle.

Le mythe du plombier polonais payé au rabais n’est donc plus qu’un mirage, avec une population sur-qualifiée et spécialisée. Les travailleurs dans la chaudronnerie, le meuble ou les équipements industriels, récemment diplômés, voient ainsi leur train de vie s’envoler, avec un salaire moyen qui a décollé de presque 9% sur un an. Et booste forcément la consommation, donc la croissance.

A contrario, la Pologne n’a plus cet argument compétitif de bas salaires qui faisait sa force. L’implantation à l’étranger devient donc un relais de croissance, au potentiel immense mais loin d’être encore pleinement exploité. Car si la Pologne peut se féliciter de son record d’un milliard d’investissement en 2025, elle reste à des années-lumière des mastodontes européens comme la France, qui pèse 91 milliards dans le secteur à elle seule.

Dynamisme économique : «La Pologne a cette ambition de puissance que la France a abandonnée»

Article publié sur le site www.lejdd.fr le 04 décembre 2025 : lien

ENTRETIEN. Avec sa croissance éclair, la Pologne pourrait, d’ici dix ans, voir son PIB par habitant dépasser celui de la France. Patrick Edery, dirigeant de la société Partenaire Europe et spécialiste du pays d’Europe centrale, décrypte cette dynamique inédite.

Le niveau de vie en Pologne va-t-il dépasser celui de la France ? Ce qui semblait inimaginable il y a une vingtaine d’années fait désormais partie des prévisions de l’OCDE : le PIB par habitant du pays d’Europe centrale pourrait dépasser celui de tous les pays du G7 – à l’exception des États-Unis, d’ici dix ans.

Avec un niveau économique aujourd’hui similaire à celui du Portugal (loin devant l’Hexagone), la Pologne jouit d’une croissance spectaculaire : son PIB a connu un boom de + 932 % en 35 ans, son salaire moyen a doublé en une dizaine d’années et plus de 270 groupes internationaux sont désormais implantés sur son territoire. Patrick Edery, dirigeant de la société Partenaire en Europe et spécialiste du pays d’Europe centrale, livre son analyse au JDD.

Le JDD. Comment expliquer la croissance économique de la Pologne ?

Patrick Edery. Différents facteurs permettent de comprendre ce boom. D’abord, un profond renouvellement politique et économique des élites polonaises, redynamisées depuis la fin du communisme, avec un regain d’inventivité et une volonté plus forte de croître. Depuis plus de quarante ans, l’industrie est par ailleurs une priorité de tous les gouvernements. Il faut aussi souligner que de nombreuses entreprises choisissent la Pologne pour produire en raison d’une réglementation bien moins contraignante : le pays est devenu en quelque sorte la « petite Chine » de l’Europe. Le pays dispose également d’un des meilleurs systèmes de formation professionnelle devant l’Allemagne et la Suisse. Enfin, les fonds européens constituent un puissant levier de croissance, même si la Pologne reverse davantage de dividendes aux pays de l’Union européenne qu’elle ne reçoit d’aides.

Selon les prévisions de l’OCDE, le PIB par habitant de la Pologne pourrait dépasser celui de la France d’ici dix ans. De quoi devenir une menace économique pour ses voisins ?

Le problème, ce n’est pas la Pologne, mais la France, notamment en raison de ses réglementations environnementales. Avec de telles contraintes, impossible de procéder à une réindustrialisation. En réalité, ce n’est donc pas tant la Pologne qui avance : ce sont surtout les pays européens qui reculent. Si demain la France et les autres pays du G7 se remettent à avoir une véritable politique industrielle et des réglementations pro-business et pro-industrie, la donne pourrait changer.

Malgré tout, la Pologne est confrontée à l’inflation, à une crise de logement ou encore à une hausse du coût de la vie. S’agit-il de freins à la croissance économique du pays ?

Non, ce sont plutôt de bons signes. L’inflation signifie que les salaires augmentent. C’est pourquoi, d’ailleurs, pratiquement aucun Polonais n’est intéressé par l’idée de travailler en France, car même s’ils pourraient gagner davantage, leur niveau de vie baisserait. Le problème des crises, ce n’est pas l’inflation, c’est la déflation. Si le coût du logement augmente, c’est notamment parce qu’avec l’immigration ukrainienne, il y a eu plus de 3 millions de personnes à loger d’un coup. Même si la situation continuait à se creuser, cela signifierait qu’il faut plus de constructions… et donc plus de bénéfices pour le secteur du BTP. Or, comme on le dit souvent :« Quand le bâtiment va, tout va ! »

La population polonaise est particulièrement attachée à la religion catholique. Pensez-vous que la dimension culturelle et religieuse joue un rôle significatif dans le développement économique du pays ?

C’est une population très catholique, ce qui la rend homogène : tout le monde partage les mêmes traditions, les gens s’entraident et sont contents de payer les impôts, parce que cela va aider les autres. Cela favorise un climat sain pour le développement économique. À cela s’ajoute aussi le fait que la Pologne est un pays sécurisé. C’est d’ailleurs l’un des États les moins criminogènes de l’Union européenne.

Dans un pays où l’insécurité est faible, les gens sont davantage incités à investir, à acheter une grande maison ou une belle voiture que dans un pays où il y a des risques de se faire voler, agresser ou enlever. En Pologne, la population n’a pas peur de montrer qu’ils ont beaucoup d’argent et personne ne reprochera à quelqu’un d’être ambitieux. C’est quelque chose de normal, voire un atout.

Plus largement, comment compareriez-vous la Pologne aujourd’hui à la France ?

La Pologne d’aujourd’hui, c’est la France des années 1960. Les Polonais sont dans la même ambition, dans le même état d’esprit, dans les mêmes traditions et la même culture que les Français de cette époque là. Aujourd’hui, il y a presque autant d’ouvriers dans ce pays d’Europe centrale qu’il y en avait dans les années 1960 dans l’Hexagone. Pour résumer, la Pologne a cette ambition de puissance que la France a complètement abandonnée.

Zoom sur le boom économique de la Pologne

Zoom sur les acquisitions françaises en Allemagne

Francuski przedsiębiorca broni Polski

Francuzi nie mają złudzeń